Le handicap, ni vu ni connu

Crédit Photo - Ghislaine Salabert-Mougin

En matière d’accompagnement et d’intégration des personnes en situation de handicap, la France accuse un retard certain par rapport à la plupart des nations d’Europe du Nord. Les associations qui défendent les droits des personnes handicapées considèrent que les responsables politiques en France n’ont pas pris la peine de définir une stratégie nationale d’envergure qui permette de faire sortir de la dépendance les accidentés de la vie. Bien que ce constat soit pénible, il doit être assumé avec lucidité : les politiques portent une lourde responsabilité dans la perpétuation des discriminations visant les personnes handicapées. L’application de la loi adoptée en 2005 se heurte aujourd’hui à de nombreux obstacles, le retard accumulé n’étant compensé que par la seule action des collectivités locales.
Pour connaitre l’ampleur des discriminations subies par les handicapés en France, j’ai consulté le site de La Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) : rien ou presque sur les handicapés. Dans un ouvrage paru sur « Les discriminations en France », l’ancien Président de La Halde, Louis Schweitzer, consacrait trois pages et demi au handicap, pour défendre l’idée des quotas.

Lobby de la construction c/ droits des handicapés

Alors que la politique traîne à agir en ce domaine, l’actualité cinématographique a rendu possible une prise de conscience collective quant aux enjeux sociétaux et humains de l’intégration des personnes handicapées. A l’Assemblée nationale, la droite majoritaire depuis 2002 a peu à peu rogné le texte ambitieux voté en 2005. Le gouvernement a par exemple remis en cause le principe de garantie d’accessibilité aux établissements recevant du public et aux logements neufs, en introduisant des possibilités de dérogations du fait des coûts afférents pour les constructeurs immobiliers.
Longtemps, le Royaume-Uni et les Etats nordiques ont mené en ce domaine une politique exemplaire. L’accessibilité aux bâtiments, par exemple, est garantie par un arsenal réglementaire solide qui inclut un volet de sanctions relativement efficace en cas de non-respect des obligations édictées par la loi. C’est la partie la plus visible de la politique du handicap. Il reste que tout autant qu’en France, les discriminations à l’encontre des personnes handicapées subsistent et sont aggravées par les disparités sociales, notamment au niveau de la scolarisation et de l’accès à l’emploi. Le travail pour aider à l’insertion des handicapés dans le tissu social doit faire partie d’une politique plus large de lutte contre les inégalités, principe que les conservateurs britanniques au pouvoir remettent en cause, eux aussi, à l’heure actuelle.
Dans son programme, François Hollande s’est clairement engagé sur la question du handicap:
« Je garantirai l’existence d’un volet handicap dans chaque loi. Et je renforcerai les sanctions en cas de non-respect des 6% de travailleurs handicapés dans les entreprises, les services publics et les collectivités locales ».
A l’étranger, une question m’intéresse particulièrement : celle de l’intégration des enfants handicapés dans le système scolaire. Dans le cadre de ma campagne, j’ai rencontré plusieurs parents qui ont pris la décision d’habiter dans un pays d’Europe du Nord pour offrir à leur enfant handicapé une chance de réintégration que la France ne permettait pas. J’ai aussi rencontré des compatriotes spécialistes de ces questions travaillant pour des associations ou des collectivités publiques en  Finlande et au Royaume-Uni, où le suivi individuel des enfants en situation de handicap est considéré comme une priorité des politiques sociales. Des comparaisons utiles pourraient être effectuées afin de s’inspirer des méthodes utilisées dans ces Etats. La volonté politique d’apporter des améliorations au dispositif actuel a été annoncée pendant la campagne présidentielle par Marisol Touraine, devenue ministre des affaires sociales. Dans un entretien, celle-ci estimait que

« la question de la scolarisation est essentielle. Comment peut-on imaginer atteindre les 6 % d’emplois occupés par des travailleurs handicapés si on ne les scolarise pas dès le plus jeune âge. N’oublions pas que le chômage chez ceux-ci est deux fois plus important que la moyenne, en partie à cause d’un niveau de formation très bas. Pour faire progresser cette scolarisation, une partie des 60 000 postes qui seront créés dans l’Education nationale au cours du quinquennat sera destinée à l’accueil et à l’accompagnement de ces enfants handicapés. Le gouvernement donnera un vrai statut aux Auxiliaires de vie Scolaire (AVS) pour les stabiliser et mieux les former. Il n’est pas possible de demander à ces personnes de s’investir durablement dans cette fonction si en avril, elles ne savent si elles continueront à travailler à la rentrée de septembre. »

Au sein même du réseau éducatif de la France à l’étranger, les écoles françaises ne parviennent pas à proposer un cadre d’études adéquat et individualisé pour les enfants en situation de handicap ou en grande difficulté d’apprentissage. Ce constat d’une école qui exclut est intolérable et ternit la réputation de notre système éducatif à l’étranger. Si je suis élue députée, je veillerai à ce que les sommes dégagées par la suppression de la mesure de semi-gratuité dans les lycées sans conditions de ressources familiales soit reportées, entre autres, au financement du suivi plus personnalisé des enfants en situation de handicap.