Emeutes: il faut en tirer les leçons

Les Français qui habitent l’Angleterre ont été choqués par les émeutes qui ont embrasé le pays au mois d’août. J’ai suivi la situation de près et je trouve important de souligner le contexte social délétère dans lequel sont nées ces violences. Je m’en expliquais rapidement dans un entretien publié par le journal de la Fédération socialiste du Finistère :

Emeutes : il faut en tirer les leçons

Le contexte socio-économique est propice aux émeutes, estime Axelle Lemaire, secrétaire de la section du PS à Londres et candidate à l’élection législative dans la 3e circonscription de l’étranger (Europe du Nord).

Cap Finistère : Comment peut-on expliquer la soudaine flambée de violence qui a embrasé la Grande-Bretagne cet été ?

Axelle Lemaire : Ce type de violences urbaines s’inscrit dans un contexte historique : des émeutes ont éclaté régulièrement en 1976, 1981, 1985, 2001. Tottenham fut déjà le théâtre d’émeutes et reste marqué de ces stigmates. D’ailleurs les événements du mois d’août ont pris le pays par surprise mais pas les spécialistes des quartiers défavorisés. Des experts associatifs avaient tiré la sonnette d’alarme en prédisant un « été chaud ». Dans un contexte d’austérité économique, les coupes budgétaires opérées par le gouvernement Cameron ont eu des conséquences immédiates. A Tottenham, les centres d’accueil des jeunes ont été fermés sans préavis après que la mairie d’arrondissement (« council ») ait réduit le budget consacré à la jeunesse de 75%. Une partie de la jeunesse anglaise est désoeuvrée, déscolarisée et sans emploi, avec comme seule perspective d’appartenir à un « gang ». L’inscription à l’université coûte désormais 8000 livres par an. La mort de Mark Duggan a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, dans un contexte de dialogue tendu entre les communautés locales et les forces de l’ordre, dont les moyens sont aussi réduits et qui multiplient les contrôles d’identité.

Cap Finistère : Qui étaient les émeutiers ?

Axelle Lemaire : Les insurrections des années 80 étaient clairement « raciales » et impliquaient des jeunes issus de familles d’immigrés de 2e génération. Cela semble moins évident dans les dernières émeutes, qui sont moins lues à travers un prisme ethnique, même s’il est encore trop tôt pour le confirmer. Les personnes arrêtées appartiennent majoritairement à des milieux très défavorisés. De façon sans doute significative les actes de vandalisme ont ciblé des commerces plus que des bâtiments publics. Cela montre que les symboles du pouvoir ont changé.

Cap Finistère : Les réponses répressives du gouvernement sont-elles satisfaisantes ?

Axelle Lemaire : Dans un premier temps, la police n’est pas intervenue en force. A la fois pour ne pas jeter de l’huile sur le feu mais aussi parce qu’elle n’avait pas les moyens de maintenir l’ordre. La justice a ensuite été très sévère (4 ans de prison pour incitation à l’émeute par Facebook par exemple). Plus de 2000 personnes ont été interpellées. Les enquêtes montrent d’ailleurs qu’une large majorité d’Anglais approuvent le caractère très punitif des peines prononcées. Cameron refuse de considérer la pauvreté comme un facteur explicatif et enferme son discours dans la dénonciation de la délinquance. Il faut bien sûr condamner sans appel ces actes de violence, qui touchent d’ailleurs aussi des populations fragiles. Mais pour éviter qu’ils ne se reproduisent, il faudra chercher à en comprendre les causes. Une enquête parlementaire est en cours, à la demande initiale d’Ed Miliband. Il faut espérer que le rapport attendu d’ici 6 à 9 mois permettra de déboucher sur de vrais changements, comme ce fut le cas dans le passé pour mettre en place les politiques de diversité dans la police et de lutte contre les discriminations.

Attribution photo: Beacon Radio, sur Flickr